Présumés coupables

Ça va mal au pays du dolma.

Depuis le 15 juillet dernier et ce drôle de « coup d’état » raté, tout s’est accéléré. Des milliers de personnes ont été démises de leurs fonctions, renvoyées, arrêtées. Et la suspicion, le cancer du pays de ce pays, a fait son retour. Et un retour plus que musclé.

Au lendemain du « putsch » avorté, le président turc a accusé Fetullah Gülen et son mouvement d’en être à l’origine.

A l’extérieur, les gens de comprennent pas ce qui s’y passe. Honnêtement, je crois qu’à l’intérieur aussi, beaucoup se sentent plutôt largués (et le mot est faible).

La plupart des non-turcs ne connaissent ni Fetullah Gülen, ni sa mouvance dite des « Fetullahcis » Je ferai ici un rapide résumé pour dire seulement qu’il s’agit d’une mouvance autour de Fetullah Gülen, un iman octogénaire, ancien proche de Recep Tayyip Erdogan, et exilé aux Etats-Unis depuis 1999 après qu’une enquête ait été ouverte contre lui pour « complot contre l’Etat ».

Dernièrement, j’ai appris que l’édition française de quotidien turc Zaman, lié au mouvement Gülen, avait fermé. Le quotidien turc et son édition anglophone Today’s Zaman, avaient déjà été fermés en Turquie. Dans un entretien, le rédacteur en chef de Zaman France évoque des menaces qui pesaient sur la rédaction, mais aussi sur les lecteurs.

J’ai écrit pour Today’s Zaman. Et ceci n’est en aucun cas une confession.

J’y ai écrit car c’était un quotidien qui me paraissait avoir une certaine liberté de ton, que j’y trouvais une diversité et des sujets rarement traités ailleurs.

Today’s Zaman avait notamment publié un de mes articles sur le service militaire turc et la question des « fugitifs », c’est à dire ceux qui passent entre les mailles et se cachent pour ne pas l’effectuer. Et ironie, j’avais reçu un prix pour cet article[1], celui de la « Parole libre »…

Bref, car je ne suis pas là pour m’envoyer roses ou œillets (en tout cas pas cette fois), en écrivant pour Today’s Zaman, je faisais ce que font nombre de journalistes de part le monde. A savoir leur métier : essayer de comprendre et de rapporter ce qui se passe dans le monde qui nous entoure.

Les sites web des éditions turque et anglophone de Zaman sont désormais inaccessibles.

Je me fiche de savoir ici si un quelconque mouvement est à l’origine de cette tentative de coup d’état pour le moins étonnante (bon, en fait, je ne m’en fiche pas, mais je ne discuterai pas ça ici). Par contre, une chose est sûre, j’interprète la fermeture de ce quotidien comme une déclaration de guerre contre une profession, dans son ensemble. L’information est ici vouée à devenir souterraine.

D’après ce que dit le rédacteur, la rédaction de Zaman France a fermé le journal car ils ont peur. Pour eux et pour leur lectorat. Il parle aussi de délation. Faudrait-il choisir un camp ? Celles et ceux qui ne choisissent pas seront-ils soupçonnés dans un sens ou dans l’autre ?

Cette fausse guerre me fait bizarrement penser à d’autres sujets qui font beaucoup de fumée alors qu’il n’y a même pas de feu. Pour attirer l’attention partout, sauf là où elle devrait vraiment être…

[1] L’article dans Today’s Zaman était une republication, l’original étant paru dans un quotidien allemand.

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