Après le zika, la grippourrite ?

« Les gens ne lisent plus ».

On a tous entendu cette phrase dans la bouche de quelqu’un. Qui ne lit par forcément beaucoup non plus d’ailleurs.

Alors quoi ? Avant on lisait, et maintenant on ne lit plus ? Je crois qu’il y a toujours eu des gens qui lisaient et des gens qui lisaient moins, et certains très peu, voir presque pas. Bref, nous avons toujours été, sommes et serons toujours différents. Et surtout, nous ne lisons pas tous les mêmes choses.

De mon côté, une partie (non négligeable) de ma culture générale provient de la lecture de magazines (féminins ou pas) que je lis dans les salles d’attente. Chez l’esthéticienne, chez le dentiste, etc.

Dernièrement, j’ai ainsi découvert un nouveau mot : « affluenza ».

Certaines et certains, toujours au fait des dernières nouveautés linguistiques, seront peut-être surpris de ma longueur à la détente. Je ne sais pas depuis quand ce terme existe dans notre répertoire, mais en tout cas, avant de tomber sur un article dans un magazine, disons, « grand public », chez ma coiffeuse, je n’en avais jamais entendu parler.

Affluenza est un néologisme, basé sur la contraction de deux mots : affluence et influenza. Il désigne un état ou une maladie, qui serait transmise par la société de consommation, entrainerait la surconsommation et surtout une « fièvre addictive » pour le luxe. En français, on dit « grippourite », mais avouez que c’est quand même beaucoup moins classe. En résumé, c’est un peu comme le syndrome de l’enfant gâté qui a toujours tout, n’est jamais satisfait et en veut toujours plus.

Dans l’article grâce auquel j’ai découvert ce terme, il était entre autre question d’un jeune Texan de 16 ans, qui, en revenant d’une après-midi bien arrosée entre gosses de riches qui s’ennuient, avait pris une route à contre-sens et causé un grave accident, tuant quatre personnes et en blessant grièvement trois autres. A la barre, son avocat avait plaidé l’acquittement de son client, qui, selon sa plaidoirie, n’était pas responsable de ses actes car il souffrait d’ « affluenza ». D’après la logique du juriste, cette pathologie entraîne un déni total des responsabilités chez le sujet.

J’avoue qu’il y a de quoi bondir à la lecture de cette histoire plutôt invraisemblable, qui a toutefois eu le mérite de me permettre d’élargir mon vocabulaire.

La littérature concernant ladite « maladie » d’affluenza provient avant tout de pays anglo-saxons, en particulier les Etats-Unis, suivis de peu par l’Australie. La Nouvelle-Calédonie ayant toujours un train (ou plusieurs) de retard sur tout, le terme devrait finir par y arriver un jour ou l’autre.

Mais une chose est sûre : bien que le terme ne soit pas encore répandu ici, un nombre assez conséquent de potentiels patients se promènent déjà sur le territoire.

En toute franchise, s’il y a bien un pays d’enfants gâtés qui en veulent toujours plus et ne sont jamais satisfaits, c’est bien ici. Tout le monde n’est certes pas logé à la même enseigne, bien sûr, et certains n’ont pas grand-chose, voir presque rien. Mais dans le lot des bien lotis, voir des extrêmement bien lotis, la gratitude et le contentement semblent des termes inconnus au bataillon (il faudrait peut-être qu’ils lisent plus de magazines, disons, « grand public », apparemment, c’est une technique efficace pour apprendre de nouveaux mots…).

Ces derniers temps, en décalé comme pour tout le reste, la crise économique est venue donner un petit goût de réalité au Caillou. Au lieu d’une énorme part de gâteau, il faut à présent se contenter d’une grosse part. Peut-être que dans un avenir proche, il faudra se contenter d’une part juste « normale », comme dans le reste des pays dits développés.

Apprendre à vivre « normalement », avec des budgets « normaux » et des consommations de Champagne « normales », pas si facile quand on souffre d’ « affluenza ». Ça fait même mal.

A ma connaissance, aucun avocat calédonien n’a pour le moment plaidé l’affluenza comme circonstances atténuantes dans le cas de détournements de fonds, d’abus de biens sociaux, de vols en série ou de toute autre action répréhensible par la loi.

Mais nous ne sommes pas à l’abri que l’un d’entre eux tombe sur un magazine « grand public », entre une décoloration et un brushing…

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