Welcome to the Vallée du Tir !

Aujourd’hui, j’ai décidé de parler de « gentrification ». Concept qu’on appelle aussi « phénomène urbain d’embourgeoisement ». Mais encore, me diront certains.

Il est toujours bon d’illustrer les énoncés à l’apparence vaporeuse par des cas pratiques. Voici donc.

Il y a des quartiers qui ont mauvaise réputation. Et allez savoir pourquoi, j’ai souvent habité dans ces quartiers. En tout cas, quand j’y vivais, ils avaient mauvaise réputation. Après mon départ, cela a souvent changé. Encore une fois, allez savoir pourquoi…

A Londres, j’habitais dans le nord-est de la ville. Je prenais le TfL Rail à la station Seven Kings (pourquoi sept, je n’ai jamais réussi à trouver…). C’est vrai que certaines stations pour rejoindre la Central Line et le centre de la ville étaient moyennement engageantes. Mais je n’avais même pas dix-huit ans, j’étais fille au pair, je me sentais des ailes de liberté dans le dos et peu m’importait le quartier puisque je vivais à LONDRES !

A Lyon, j’ai habité dans le quartier qui s’appelle la Guillotière. Rien que le nom semble résumer l’idée de coupe-gorge de cet endroit. Bon, n’exagérons rien. A part me faire mettre une main au derrière par un petit vieux avec des lunettes en cul de bouteille et un filet de morve qui lui pendait d’une narine (pourquoi moi !!!!), je n’ai jamais été embêtée là-bas.

A Berlin, j’ai habité assez longtemps à Neukölln, où personne n’avait envie d’aller à cette époque. C’était il y a dix ans et le quartier était considéré comme allant de « plutôt glauque » à « hyper dangereux » par mes camarades teutons. Là encore, à part un croche-pied (presque involontaire) par un petit dealer d’herbe dans ma cage d’escalier, je n’ai jamais eu de souci.

Je ne vais pas faire toute la liste, mais j’ajouterai juste que, last but not least, j’ai posé mes valises quelques temps dans le quartier de Belle de Mai à Marseille (ça parlera peut-être plus à certaines et certains), et que je m’y trouvais plutôt bien. Tellement bien que j’ai fini par acheter un studio juste à côté, dans un charmant quartier, répondant au doux nom de Chutes Lavie. Ce quartier a d’ailleurs fait la une du quotidien local La Provence :

La Provence

@EK

Bref, il semble que j’aime ces quartiers. Même si je n’ai pas l’impression de les chercher consciemment, quelque chose me pousse toujours vers eux. Cela doit être cela, la fameuse loi de l’attraction.

Arrivée à l’autre bout de la planète, je n’allais tout de même pas trahir les bonnes habitudes prises depuis deux décennies. C’est donc en toute logique que j’ai atterri à la Vallée du Tir.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un quartier de Nouméa, et voilà sur la carte où cela se trouve :

Vallée du Tir

Et si cela ne vous parle toujours pas, car vous n’auriez pu localiser ni Nouméa, ni même la Calédonie sur une carte (ne vous inquiétez pas, moi aussi, j’étais comme vous il y a encore quelques années…), sachez qu’il s’agit d’un quartier que le politiquement correct qualifierait de « populaire ». Certains vont même plus loin pour parler de « sensible ». Hmmm…

En traduction littérale, si on était en métropole ou en Europe, cela voudrait dire, au choix, et selon l’inclinaison politique : un quartier coloré et multiethnique (langage bobo), un quartier peuplé principalement de personnes aux revenus modestes et d’origine étrangère (langage municipal), un quartier qui craint (langage bobo qui se lâche un peu après quelques verres dans le nez…), une zone de no-go (langage policier et de certains ministres), etc.

Mais nous sommes en Nouvelle-Calédonie, alors on peut rayer la mention « immigrée », garder celle de « pauvre », mais surtout, conserver celle de « qui craint ». Pour beaucoup, la Vallée du Tir est donc un quartier « qui craint ». J’y vis à l’heure actuelle, alors pour ne pas réveiller le mauvais œil, je ne vais pas écrire que « pourtant, il ne m’est jamais rien…. (blablabla) ». J’y habite, point.

Certes, j’ai retrouvé mon cher et tendre qui vivait déjà ici. Aurais-je choisi moi-même ce quartier autrement ? Je ne sais pas et ne saurai jamais. Toujours est-il que, une fois de plus, je me retrouve dans un quartier à la mauvaise réputation.

Et c’est là qu’interviennent les revirements dans l’histoire des villes. Comme j’avais brièvement mentionné plus haut, ces (in)fameux quartiers « qui craignent » où j’ai vécu ont changé.

Aux dernières infos, le nord-est de Londres devient de plus en plus cool. Forcément, à coups de loyers exorbitants dans à peu près tous les autres périmètres, il fallait bien qu’il finisse par attirer un jour les petites bourses branchées.

Je n’ai pas trop de nouvelles de la Guillotière à Lyon. Mais j’ai entendu que Perrache, qui était plutôt connu pour ses sympathiques dames sur les trottoirs et ses dealers à la sauvette est devenu hors de prix.

Quand à Berlin, Neukölln est depuis quelques années le sommet de la bobo-itude dans toute sa splendeur. Lors de mon dernier passage, au mois de mai dernier, j’ai même fêté mon anniversaire dans un « rooftop bar » du quartier, le Klunkerkranich Pour les non-germanophones, ne cherchez même pas à essayer de prononcer ce mot. Surtout quand vous saurez qu’il signifie « grue » (l’oiseau, je précise, et pas la grue de chantier…).

Pour accéder au Klunkerkranich, on entre dans un centre commercial. On monte au dernier étage, celui du cinéma. De là, on prend un escalier pour rejoindre le parking. On gravit ensuite encore un étage, sur le chemin des voitures. Et ça y est, on est arrivé, avec une vue splendide sur le tout Berlin et une bonne bière du cru à la main !

we-heart.com

@we-heart.com

Bon, en théorie, c’est aussi simple que ça. Mais dans la pratique, j’ai mis plus d’une heure à trouver le bar. J’ai fait cinq allers et retours dans les escalators. Je me suis retrouvée coincée pendant une demi-heure dans l’escalier de secours. J’ai eu un grand moment d’abattement et j’ai failli annuler. Mais je n’avais pas de connexion Internet pour prévenir mes invités et plus de crédit sur mon téléphone. Au final, j’ai failli prendre ma propre fête d’anniversaire en cours de route. Mais cela fait partie du jeu des vrais bars branchés !

Du côté de Marseille, la Belle de Mai avance doucement. Avec le complexe culturel de La Friche, les loyers très abordables et la proximité avec le centre, ça ne devrait pas tarder à décoller.

Je vous le dis, j’ai du flair pour être aux bons endroits avant qu’ils ne deviennent vraiment bons !

Donc, à toutes celles et à tous ceux qui critiquent la Vallée du Tir, patience les gens ! Dans quelques temps, vous allez vous battre pour chercher un appartement ou une maison dans le coin tellement ça sera tendance. Vous vous bousculerez pour y boire des coups et y manger. Et vous serez verts de jalousie en pensant à celles et ceux qui ont la chance d’y résider. Si, si !

D’ailleurs, ce midi, j’ai découvert un endroit qui appuie ce propos. Juste derrière ma rue, un projet de nakamal (voir mon post sur le kava), food truck (camion snack), camion à pizzas et bar à thés a ouvert ses portes. Enfin symboliquement, car il n’y a pas de portes 🙂

Alors si ça, ça n’est pas un plan qui va plaire aux bobos (dont je fais partie…), je veux bien admettre que j’ai perdu mon flair de Logdu 🙂

Kava 1

@EK

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