Journées portes ouvertes au pénitencier

Depuis que j’ai quitté le foyer parental, je n’ai jamais eu de télé. Je ne suis pas une anti. C’est juste que je n’avais jamais pensé à en acheter ou m’en procurer une. J’ai souvent changé d’adresse et de pays au cours des dernières 18 années, j’ai acheté et revendu plusieurs fois des meubles. Mais jamais de télé.

Au final, rien ne change plus que le changement et j’ai maintenant une télé. Pas sûre que j’en aurais une si je vivais seule, mais la vie à deux a apporté un écran autre que celui de mon ordi dans ma demeure. Avec la concurrence du web, il semble que la télé en soit à ses dernières heures, il était temps que je m’y mette. Maintenant que j’ai une télé, je fais donc comme tout le monde : je zappe.

L’autre soir, je zappais devant l’écran plasma 105 cm. En Calédonie, où l’on a la folie des grandeurs pour compenser la petite taille du territoire, c’est petit. Chez moi, c’est ringard – ou hyper-bobo selon l’angle d’approche : il n’y a le choix qu’entre six chaînes. Toujours est-il que je tombe sur un film culte avec un acteur tout aussi culte : « L’évadé d’Alcatraz », avec Clint Eastwood.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, le film raconte l’histoire d’un petit groupe de détenus qui s’est évadé du célèbre pénitencier d’Alcatraz, situé dans la baie de San Fransisco, et aujourd’hui devenu un « parc récréatif », comme on dit aux States. A l’époque de son activité, il recueillait tous ceux qui avaient pour fâcheuse habitude de se faire la belle depuis les autres prisons fédérales du pays.

Pour en revenir au film avec Clint, je ne comprends toujours pas pourquoi il s’appelle « L’évadé d’Alcatraz », alors qu’en fait ils étaient trois détenus à s’être échappés. Je ne dois pas être la seule à me poser la question mais jusqu’à présent aucun élément de réponse en vue. A bon entendeur…

Au total, entre 1934 et 1963, 36 détenus ont tenté de fuir la prison d’Alcatraz, au cours de 14 tentatives différentes. La plupart ont été récupérés ou tués. Mais en 1937, Theodore Cole et Ralph Roe ont réussi à s’enfuir. Ils n’ont jamais été retrouvés et leurs corps n’ayant jamais été repêchés non plus, on en conclut à la noyade. Rebelote 25 ans plus tard, avec Frank Morris et les frères Anglin – dont le film « L’évadé d’Alcatraz » retrace l’évasion. Ces derniers ont réussi eux aussi à prendre la mer, à bord d’un canot de fortune confectionné par leurs soins, mais n’ont jamais été retrouvés. A nouveau, on conclut qu’ils avaient du se noyer.

Les autorités tenaient sans doute à conserver le mythe d’une forteresse d’où l’on ne s’échappe pas, en tout cas pas vivant. Pourtant, des rumeurs ont toujours circulé concernant les fugitifs non retrouvés. On a longtemps raconté qu’ils avaient réussi et avaient refait leur vie ailleurs. Les frères Anglin seraient notamment partis au Mexique…

Quittons Alcatraz, qu’on surnommait The Rock (le Rocher), pour revenir sur le Caillou (la Calédonie). Le jour où je suis tombée en zappant sur « L’évadé d’Alcatraz », une autre prison faisait à nouveau les gros titres du pays (enfin un des titres du seul quotidien local, restons modestes) : le Camp Est.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, et je me doute que vous êtes nombreux, le Camp Est est la prison actuelle de Nouvelle-Calédonie. Elle se situe sur la presqu’île de Nouville, près de Nouméa, la même qui abritait le bagne à l’époque coloniale.

La veille de la programmation de « L’évadé d’Alcatraz », un surveillant pénitentiaire du Camp Est était séquestré et violemment molesté par des détenus, qui lui avaient aussi volé ses clés. Au final, une mini-rébellion matée quelques heures plus tard avec l’intervention du GIPN et de la Police Nationale.

L’actualité aidant, je n’ai donc pu m’empêcher d’avoir une pensée pour le Camp Est en regardant Clint Eastwood. C’est sans doute un défaut professionnel de chercher des téléscopages entre des informations qui en apparence n’ont rien à voir entre elles. Car si le pénitencier d’Alcatraz avait la réputation d’être celui dont on ne s’échappait pas, le Camp Est, c’est plutôt l’inverse. Alcatraz on n’en part pas. Au Camp Est, on n’y reste pas.

Début décembre, le désormais célèbre Brice Kamodji, l’évadé du Camp Est par excellence, était interpellé lors d’un contrôle routier. Hors de Calédonie, vous n’en avez sans doute jamais entendu parler non plus, mais sachez qu’à seulement 21 ans, le jeune homme comptait déjà deux évasions à son actif. Il s’était d’ailleurs fait la malle avec trois autres comparses, tous interpellés au cours des semaines suivant leur évasion.

Je n’ai pas fait un décompte méticuleux de toutes les évasions du Camp Est, mais peut-être s’approchent-elles du nombre à trois chiffres… Allez, j’exagère un peu, et ça ne fait pas de la bonne publicité à la Calédonie tout ça.

Une chose est sûre en tout cas, les évadés du Camp Est avaient certes quitté le Camp Est, mais pas le Caillou. De Poindimié à Port-Vila, par exemple, il y a 450 kilomètres en mer, soit un tantinet plus que les 2,5 kilomètres qui séparent l’île d’Alcatraz de la ville de San Francisco. De toute façon, il est peu probable que l’intention des évadés ait été à un quelconque moment de quitter le Caillou.

Si ma mémoire ne me trompe pas, l’un des comparses de Kamodji avait un peu trop fêté son évasion. Il avait été retrouvé un matin, saoul, tout près de son domicile… A Alcatraz, Frank Morris creusait autour de la bouche d’aération de sa cellule avec une cuillère et fabriquait un mannequin à partir de papier toilette mouillé.

La conclusion de tout ça, c’est qu’en 1979, Clint Eastwood avait déjà la classe.

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