Je vous écris du Paradis

Je vous écris du Paradis.

C’est exactement ce que je pense quand je prends note, à plusieurs milliers de kilomètres de ce qui se passe dans des endroits où j’ai vécu, mangé, travaillé, ri, pleuré, aimé… Aujourd’hui, ici, tout paraît tellement loin.

A l’heure des réseaux sociaux, les images d’un monde en détresse parviennent bien sûr en temps quasi-réel. Elles touchent, affectent, attristent, plus ou moins, selon les personnes. Mais être sur une île, qui plus est perdue au milieu d’un immense océan, crée une frontière invisible, un mur étanche qui permet de revenir facilement à ses occupations dès que les yeux se rivent sur un autre post, un autre article.

On vit sur une île et par n’importe laquelle, j’ajouterais. Ici, la préoccupation majeure réside souvent dans le fait de savoir si le crabe sera assez rempli, le Champagne assez frais, le fois gras assez gras, ou le pick-up assez gros.

Bien sûr, comme toujours – ou presque – je schématise, je fais dans le côté réducteur et je caricature à souhait. Il y a bien sûr des gens qui ont du mal à joindre les deux bouts, ou même le bout tout court, des gens qui n’ont pas grand-chose, à qui tout fait envie mais peu est permis. Même au Paradis, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne.

Pourtant, j’ai rarement vu un condensé de personnes vivre aussi bien qu’ici, d’abord d’un point de vue strictement matériel. Pour reparler du Champagne, je n’en ai jamais vu autant couler que sur cette petite île du Pacifique. A tel point qu’on finit par en être dégoûté. Un comble quand même, non ? Vous en connaissez beaucoup des gens qui sont dégoûtés du Champagne à force d’en avoir bu ? Eh bien, ici, en Nouvelle-Calédonie, cette espèce n’est pas si rare que ça.

Alors, je ne jette pas la pierre aux riches ou aux « wanna-be-and-make-as-if-they-were-rich-too ». Il en faut, et être riche ou même faire semblant n’est pas une tare en soi. L’argent ne fait certes pas le bonheur. Mais comme dirait l’autre, « il y contribue », ou peut en tout cas y contribuer. Etre à l’abri des soucis matériels sérieux, c’est déjà beaucoup.

On vit aussi ici dans un univers relativement calfeutré. Pas de menace terroriste qui pèse. Pas de menaces de guerre non plus. Même pas de voisins directs en guerre. Pas de grosses secousses financières, boursières ou économiques. En tout cas, pas pour le moment. Un petit pays, avec tout à proximité. Un climat clément. Une belle nature. La mer et le soleil. Des rivières et des forêts aussi.

Quelques nuages à l’horizon : des légumes trop chers ou trop rares, le prix du mètre carré parfois aberrant, les effets de la crise économique mondiale qui commencent – doucement – à arriver, des incertitudes quant à l’avenir politique du pays à moyen terme. Mais, entre nous, à quel endroit de la planète est-on aujourd’hui à l’abri des incertitudes à long, moyen, voir même court terme ?

Etre à l’abri de dangers directs et immédiats est un luxe que beaucoup ne peuvent se permettre dans le monde.

Je vous écris du Paradis donc. Détendons-nous et ne refusons pas cette coupette si gentiment proposée.

Ayons toutefois à l’esprit que le Paradis n’est peut-être pas éternel, même à l’échelle d’une vie. Alors, tant qu’il est là, il faut savoir le savourer. Les images qui nous arrivent en quasi-simultané d’un monde en désarroi sont là pour le rappeler.

Il n’est pas indécent d’être épargné, de bien vivre et d’en profiter. Ce qui l’est, c’est de ne pas savoir apprécier cette chance. Il y a un mot qui existe dans le dictionnaire. A la lettre G, comme le point. Gratitude.

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