Voyage, voyage…

18 575 km². Superficie de la Nouvelle-Calédonie. La Grande-Terre est elle, la 52ème île du monde en terme de surface, avec 16 664 km2, soit la quasi-totalité du pays. Officiellement, en 2014, Nouméa, comptait un peu moins de 100.000 habitants, c’est à dire le tiers de la population totale.

Au bout de quelques temps, on peut commencer à avoir un peu la bougeotte sur une petite île, qui plus est, presque perdue dans le Pacifique Sud.

Nouvelle Calédonie

Avec la saison fraîche, le rétrécissement des journées comme peau de chagrin, voilà que je me prends à nouveau à rêver de voyages. Si vous parlez allemand, vous comprendrez si je vous dis « Fernweh ». Et si vous ne maitrisez pas la douce langue teutonique, essayez d’imaginer ce que voudrait dire « le mal du lointain » (à l’opposé du mal du pays).

Il y a des sites incontournables pour celles et ceux qui aiment les passerelles aéroportuaires et les cartes d’embarquement. Skyscanner est l’un d’entre eux. Je ne cherche nullement à faire de la pub pour cette plateforme, mais voulais juste lui rendre un petit hommage ému, en pensant au nombre de fois où mes doigts ont tapé sur les touches de mon Mac (pub encore !), en sirotant un Yogi tea ou une Hoegaarden (pub et re-pub !), à la recherche de la meilleure destination, et au meilleur prix possible.

Yogi Tea 2Snif, snif et re-snif !

Beaucoup de choses ont une fin (sauf la saucisse qui en a deux…). Depuis que je vis en Nouvelle-Calédonie, Skyscanner n’est plus vraiment mon ami. Avant, après presque chaque recherche, j’éprouvais un élan de gratitude enjoué pour ce compagnon de déjà assez longue date.

Mais il a changé. Aujourd’hui, quand j’ose faire appel à lui, j’ai la boule au ventre, la sombre intuition qu’il va me rouler, une fois de plus, et un vilain sentiment d’abattement et de désenchantement. Je l’entends depuis là murmurer derrière mon écran : « Hihihi, de toute façon, si tu veux partir d’ici, tu n’as pas le choix ! ».

Avant, c’était plutôt… « Marseille compte un tout petit million, Istanbul près de 15 millions. 2485 kilomètres séparent les deux villes. Allez, un peu de grande ville, d’Orient et de retour aux sources !150 euros le billet aller-retour ». Gratitude !

Aujourd’hui, c’est devenu… « Nouméa et Auckland, la plus grande ville de Nouvelle-Zélande, se trouvent à 1808 kilomètres l’une de l’autre. Prix du billet d’avion aller-retour : au minimum, et avec de la chance, 500 euros (près de 60.000 francs CFP). ». WTF ! Snif ! Gloups ! Et re-snif !

Je n’ai jamais été profondément encline aux mathématiques. Je dirais donc que question chiffres, ça suffit pour aujourd’hui. Ça suffit surtout pour comprendre que quand on habite sur le Vieux Continent, même si les prix ont un peu augmenté ces dernières années par rapport aux premières années d’or du low cost, les petites escapades ici ou là sont un luxe franchement accessible.

Enfin, on commence surtout à réfléchir comme ça quand on vit sur le Caillou. Quand on pense qu’on se freinait là-bas, car certains vols nous paraissaient trop chers… Qu’est-ce qu’on a pu être c… quand on y pense ! On aurait du en profiter ! C’est ce qu’on se dit quand le « Fernweh » nous frappe, alors qu’on est coincé dans notre petite cage plaquée or, au beau milieu de l’océan. Trop tard, bien fait pour toi, nous répondent les sites sournois de comparateurs de vols.

Assez rapidement, notre notion de « cher » et « bon marché » se transforme, passant du tout au tout. « Pas franchement donné » devient « carrément une super affaire ». « Hors de prix » est aujourd’hui « franchement correct ». Et « cher » ici est juste hors-cadre, hors-conception et hors-imagination là-bas.

Dernièrement, une amie m’a proposée de venir la rejoindre pour passer deux semaines à New York. Elle partait de Marseille, je devais partir de Nouméa. Sans entrer dans les détails, le prix de mon billet était sept fois le sien. Pourtant, dans les deux cas, on traverse l’océan, non ? Bon, de mon côté, il fallait encore traverser les États-Unis, mais vu le prix très bas des liaisons internes, le hic n’est pas là non plus.New York

Je me suis tâtée quelques jours. Comme j’ai écrit plus haut, en vivant ici, on finit par vivre sur une autre planète, tout du moins en ce qui concerne les repères question prix. Il y a encore quelques mois, je n’aurais jamais jeté même un microscopique coup d’œil à un tarif aussi exorbitant, à moins de vouloir prendre un billet ouvert pour faire un tour du monde.

Mais cette fois, je l’ai regardé. Bien regardé. Pire, je l’ai même envisagé. Pour finir, après quelques jours d’hésitation, par me dire : « Je ne crois pas que ce soit bien raisonnable ». Et par laisser tomber, avec quand même une pointe de regret.

Rue grognasseIl y a quelques mois, j’aurais éclaté de rire en lisant un tel post. J’aurais pensé immédiatement : « Non mais c’est qui cette greluche qui nous pollue avec ces questions existentielles à la mord-moi-le-nœud de prix de billets d’avion ? Elle en a d’autres, des problèmes comme ça ? Elle l’a choisie quand même, son île ! ».

Aujourd’hui, c’est moi, la greluche qui écrit ce post. Et le pire, c’est que je me sens parfaitement légitimée pour l’écrire.

Comme quoi, comme disent si bien les bouddhistes, rien n’est constant si ce n’est le changement.

Skyscanner, pourquoi as-tu donc changé ? On n’était pas bien avant, tous les deux ?

 

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