Quand le rideau de fer a la vie dure !

A une certaine époque, parler des « communistes », c’était parler des méchants. Tout simplement. Il y avait le camp des gens « normaux », qui prônaient des valeurs « normales » avec des méthodes « normales » – dont la guerre par exemple.

Peut-être qu’en France, le terme était plus acceptable. Encore que, tout dépendait du milieu dans lequel on évoluait. Mais dans de nombreux pays, « communisme », ça voulait dire « danger ». De l’autre côté, on parlait bien sûr des affreux « impérialistes ».

C’était facile. Avoir un monde scindé en deux blocs, qu’est-ce que c’était bien. ll suffisait de choisir un camp et l’autre, c’est le camp des vilains. Casse pas la tête ! Comme on dit ici, sur le Caillou.

Après la chute du mur de Berlin, du rideau de fer et tout ce qui séparait les deux mondes, on s’est petit à petit rendu compte que ça allait devenir plus compliqué. Des troisièmes voies se sont annoncées. Et puis des quatrièmes, et d’autres encore.

Quand on est très moyennement intéressé par la politique et tout ce qui touche aux stratèges et enjeux internationaux, on patauge. Sans compte que le terrorisme international et toutes ces nébuleuses aux acronymes bizarres ont rajouté une couche de brouillard. Des spécialistes de toutes sortes émergent régulièrement pour commenter, disséquer, rédiger. Mais on a beau essayer de s’accrocher, on faut juste semblant. Parce que voilà encore un domaine auquel on ne comprend rien.

Eh bien, vous qui aimez les choses simples et la dualité facile, sachez qu’il est des endroits où le temps avance plus lentement qu’ailleurs. Il existe ainsi des contrées où ce fameux rideau de fer – qui nous manque tant, à nous qui faisons semblant de comprendre « l’univers politique » – existe encore. A tel point que même si on nous rabâche qu’Internet a cassé les distances temporelles et géographiques, on se dit que si, la distance joue encore un rôle dans l’information. Nous pouvons donc souffler : il existe encore des irréductibles qui aiment voir le monde en pôles, et à fortiori en deux pôles. Des bipolaires donc.

En Nouvelle-Calédonie, on peut voir le monde par le petit bout de la lorgnette entre les indépendantistes et les loyalistes (ou non-indépendantistes, pour ceux qui trouveraient que le terme « loyaliste » rappelle la monarchie… ). Ca, c’est pour la politique nationale.

Mais au niveau de la politique internationale, nous sommes toujours en pleine Guerre froide ici. Nicolae Ceaușescu n’a pas été fusillé. Enver Hoxha continue de faire rédiger de petites phrases éducatives par les écoliers albanais, comme « Les Etats impérialistes Unis sont des tigres de papier ». On place encore les artistes sur écoute en Deutsche Demokratische Republik. Et puis, la preuve que tout ça existe encore : Fidel est toujours là ! Il aurait discuté récemment avec Barack Obama ? Des rumeurs ! Nous, on ne croit que ce qu’on voit !

Depuis plusieurs semaines, en Nouvelle-Calédonie, il n’est question que du gouvernement français. Je vous vois venir d’ici ! Passionnant, n’est pas ? Mais là où ça devient intéressant, c’est que l’adjectif « socialiste » est toujours accolé au terme « gouvernement ». Aucun politicien non-indépendantiste qui se respecte n’osera évoquer simplement le « gouvernement ». On parle du « gouvernement socialiste ».

Bon, on n’est pas nul, on sait bien que François Hollande et la plupart de ses acolytes du gouvernement ont leur carte de membre du parti socialiste. On a compris depuis le mois de mai 2012. Et même avant, tiens ! Alors, arrêtez de nous prendre pour des cruches, aurait-on tendance à dire rapidement.

Eh bien, nous dégainons trop rapidement justement. Car ici, sur ce cher petit Caillou, les deux blocs existent encore et rappeler son camp est indispensable. Si on insiste ici sur l’adjectif « socialiste », c’est parce que ça sonne plus géopolitique que « vilain ».

Demain, vendredi, une marche aura lieu à Nouméa,  pour « montrer au gouvernement socialiste qu’une majorité de Calédoniens veulent rester Français ». Parce que « montrer au gouvernement qu’une majorité de Calédoniens veulent rester Français » dans le « socialiste », ça aurait été un peu fade. Avec « socialiste », on donne la couleur de son bloc. On est du bon côté du rideau.

A l’heure où les gens marcheront ici à Nouméa, les métropolitains dormiront encore (enfin pour la plupart). Là-bas, il n’y a que peu de personnes pour penser encore qu’il s’agit d’un gouvernement socialiste. Mais on l’aime ce fichu « iron curtain » qui nous bouche la vue sur le Lagon !

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