50 nuances de courgettes

« Veinarde ! Tu dois te régaler avec tous les fruits exotiques et les légumes frais là-bas ! »

Détrompe-toi, ma chère Carine (elle se reconnaîtra). Ici, on mange assez peu de fruits, et surtout, encore moins de légumes.

Pas que nous soyons tous des carnivores en puissance, mais légumes et même fruits peuvent se faire rares, voir très très rares.

Lundi dernier, à midi, une envie de pause à l’ombre des arbres, sur une colline dominant la ville, m’a saisie. Un désir de respirer autre chose que les poussières de la SLN (l’usine de nickel locale) ou les pots d’échappement.

Mais tu habites où, toi ? C’est ça que vous devez vous demander, hein ? Qu’est-ce qu’elle raconte ? Elle n’est pas partie sur une île extraordinaire, aux décors paradisiaques ? Bon, paradis, je ne sais pas. Mais en tout cas, ici aussi, ça pue un peu dans l’air. Peut-être que même au paradis, il y a quelques relents…

Désolée de casser du rêve, mais c’est comme tout. Il n’y a pas que du bon, il y a aussi du moins bon.

Je reviens à ma pause déjeuner. J’arrive au petit snack, accueillie gracieusement par un paon qui se promenait au milieu des tables. A côté de la caisse, un joli petit écriteau jaune indiquait : « Suite à une pénurie de salade, nous ne servons pas… de salade ».

Que les adeptes des déjeuners légers avec petites salades gentillettes, visant à s’épargner des bourrelets supplémentaires, aillent se rhabiller : ce type de régime est à présent l’apanage d’une clientèle de luxe.

Quant aux amis végétariens, que vous dire à part… qu’on vous plaint encore un peu plus que les autres. En même temps, c’est vrai que vous n’avez pas franchement choisi la contrée la plus facile pour vivre.

Il y a quelques jours, le gérant d’un restaurant de la place poussait un cri de détresse sur la page Facebook de son commerce.

« Des tomates vertes, des rayons vides, des légumes fanés, pas d’herbes aromatiques, des prix hallucinants, des fournisseurs en attente de containers. Ça va durer jusqu’à quand ce délire ?? Pas de salade et quand il y en a elle dépasse les 1000 balles le kilo !! Pas de courgettes, pas d’aubergines, pas de poivrons, pas de céleri, pas de poireaux, bref je vais pas tous les faire mais là je crois qu’on est arrivé au fond du fond. »

Quelqu’un m’avait raconté en plaisantant que se promener dans les rayons des commerces de bouche avait parfois ici un parfum d’Union Soviétique.

Pour la salade, dès qu’il pleut trop, c’est la pénurie. Et justement, cet été (de décembre à mars ici), il a beaucoup plu. Donc pas de salade. Et le même phénomène peut s’appliquer aux autres (rares) légumes cultivés localement.

Entre pénurie et prix en folie, que choisir ? Même les produits purement locaux – taros, ignames, patates douces…- atteignent des prix au kilo à faire presque rougir caviar et fois gras.

Tout le monde se moque ici des autorités sanitaires qui, comme en métropole, martèlent la fameuse devise selon laquelle il faut manger cinq fruits et légumes par jour. Et bing, le portefeuille et le compte en banque. Pardon, au moins cinq. Encore mieux. Re-bing-bing.

Certains parlent de paresse côté agriculture. Serait-il si difficile de faire pousser quelque chose sur un caillou ? D’autres évoquent plutôt la limite des quotas à l’importation. De nombreuses informations m’échappent encore, vous m’excuserez du peu.

Si ça peut aider, on peut aussi se dire que cela pourrait être pire. On aurait pu être frappé par le cyclone Pam ici aussi (je pourrais ironiser en disant que côté rayons vides, on est presque solidaire de toute façon).

Inutile de se torturer plus longuement avec des choses sur lesquelles on ne peut influer. Dans ce genre de situations, il faut juste lâcher prise. Ou se mettre à la permaculture, histoire de savoir comment créer son petit jardin comestible urbain. Ce qui en plus donne au passage donne un côté très tendance.

Il m’arrive de rêver d’une belle courgette. Affublée, comble de la fantaisie, de sa petite fleur, pour en faire un beignet. Parfois je me prends à fantasmer sur une jolie tomate bien rouge, bien mûre et bien goûtue. Une pastèque aussi sucrée et juteuse procurerait une jouissance inégalable et un poivron bien lisse, à la chair tendre et savoureuse me conduirait au septième ciel, sans ascenseur. J’ajouterai, pour ne pas passer pour une ethnocentrique des végétaux, qu’une petite gâterie avec un igname abordable, ou un manioc accessible, me satisferait tout autant.

Promis, la prochaine fois, je vendrai du rêve 🙂

Le Logdu

2 réflexions sur “50 nuances de courgettes

  1. alors là je suis abasourdi à la lecture de cet article… mais alors, que mangez vous donc ?
    comment faites vous pour vivre ?
    d’un coup, ça donne moins envie de venir vivre sur le Caillou qui porte bien son nom si cela continu !!

    Aimé par 1 personne

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