Pourquoi Pam et pas Priscilla ?

A l’heure où j’écris ces lignes, un cyclone répondant au charmant nom de Pam se dirige à grande vitesse vers le voisin de la Nouvelle-Calédonie, le Vanuatu. Des alertes à l’évacuation ont déjà été lancées, les commerçants barricadent leurs boutiques avec des planches de bois, et les habitants courent s’approvisionner en riz et en conserves de poisson.

Quand on regarde les images que postent les internautes sur les réseaux sociaux à l’approche du cyclone, on sent comme un parfum de catastrophe se profiler à l’horizon. Surtout quand on n’a pas l’habitude des cyclones, comme moi. Tremblements de terre, je sais faire, mais cyclones, je ne connais pas. Enfin pas encore.

Avant Pam, il y en a eu bien d’autres, surtout dans cette région du monde qu’est le Pacifique Sud. Certains ont fait beaucoup de dégâts, d’autres se sont contentés de passer aux larges des côtes.

June, Vania, Becky, Kerry… L’idée de donner « des petits noms » aux phénomènes météorologiques peut avoir de quoi faire sourire. Surtout que les noms sonnent souvent « mignonnet », comparé à l’image qu’on peut se faire d’un phénomène climatique potentiellement dévastateur.

Pour les prévisionnistes, baptiser les dépressions tropicales est toutefois une action incontournable dans leur protocole de travail. En tout cas, c’est ce qui se dit.

L’idée est qu’on nommant les phénomènes météorologiques importants , on facilite la communication entre scientifiques,  institutions publiques et grand public, en termes de prévisions et de prévention. Si les habitants associent un phénomène climatique à un nom précis, on imagine qu’ils seront plus réactifs dès qu’ils entendront ce nom, sur les antennes ou à la télévision par exemple. En tout cas, c’est l’idée derrière le baptême des cyclones.

Il y a une échelle dans l’importance des « cyclones » et tous les phénomènes climatiques n’ont pas droit à un nom. Seuls ceux développant certaines caractéristiques se retrouvent baptisés. Par exemple, en janvier 2014, sur le territoire calédonien, « June », avait d’abord été annoncé sur le site de Météo France et par la Direction de la sécurité civile de Nouvelle-Calédonie sous l’appellation de « phénomène de dépression tropicale non nommé » (tout simplement). Finalement, comme il avait pris de l’importance, il avait été baptisé « June ».

On raconte que le premier nom de cyclone aurait été donné au début du 20ème siècle par un prévisionniste australien, qui s’amusait à donner aux cyclones les noms des hommes politiques qu’il n’aimait pas.

« Harold à l’approche », « Gaël : alerte maximale », « Roch s’est renforcé au cours de la nuit » ou « Vols annulés en raison de l’arrivée de Sonia ». Etc, etc. Voilà ce que cela aurait pu donner en Nouvelle-Calédonie si la méthode était toujours en vigueur aujourd’hui (pour celles et ceux qui ne connaissent pas les politiciens calédoniens, imaginez la même chose avec François, Nicolas, Marine, Manuel, etc.).

Mais exit le libre cours à la fantaisie et à l’humeur des météorologues ! Le choix des noms pour les dépressions tropicales se fait à présent en fonction d’un système extrêmement précis, presque mathématique et, il faut bien le dire, super chiant.

Depuis les années 1950, les noms sont piochés dans les listes alphabétiques établies par le Centre national des Ouragans des Etats-Unis. Au départ, seuls les prénoms féminins étaient utilisés (d’après les scientifiques, un cyclone c’est capricieux… et oui, les féministes ne veillaient pas encore au grain à ce moment-là). Victoire pour l’égalité des droits : dans les années 1970, des prénoms masculins ont finalement fait aussi leur apparition.

Alors, maintenant, tentons de faire simple. D’abord, la planète est découpée en différentes zones géographiques, selon des latitudes et longitudes, et chaque zone dispose de listes de prénoms spécifiques.

La région du Pacifique Sud comporte trois zones : l’Australie, Nandi – ou secteur des îles de Fidji – et Port Moresby. Et la Nouvelle-Calédonie fait partie de la zone de Nandi.

Dans son ensemble, le secteur des îles Fidji (ou Pacifique Sud) fonctionne avec un système mis en place en 1978, qui comporte 4 listes de prénoms, classés par ordre alphabétique, plus une liste dite auxiliaire. Seule la lettre Q ne figure pas dans les listes, car il existe trop peu de prénoms commençant par cette lettre.

Chaque liste correspond à une année. Ce qui signifie que tous les quatre ans, on recommence avec la même liste et on reprend au prénom où l’on s’était arrêté lors de la précédente période. Pffff…. Ouais, en fait, on va essayer en visualisant.

Voici la liste des prénoms pour le Pacifique Sud (cliquez dessus pour mieux voir)

wmo.in

En 2015, nous devons être dans la colonne « C ». En ce moment, on parle de « Pam », qui ferait suite à « Odile ». Il y a bien eu un « Odile », dont on a parlé au mois de septembre dernier, mais il s’agissait d’un cyclone répertorié dans la grille du Pacifique Nord, qui contient elle aussi un « Odile ». Le prochain cyclone de 2015 dans le Pacifique Sud devrait lui s’appeler Reuben.

Ce qui m’interpelle est que 2014 devait correspondre à la grille « B ». Or, en janvier 2014, il y a eu dans la région un cyclone appelé « June », puis un « Ian », qui sont pourtant répertoriés dans la grille « C ». J’ai sans doute raté quelque chose…

Il n’y a pas moyen, j’ai beau essayer de suivre ce raisonnement en apparence relativement simple (j’insiste sur le « relativement ») et reprendre la grille encore et encore, ça m’échappe. Il semblerait que je n’ai tout bonnement rien compris. Une autre preuve de mon manque d’esprit scientifique, snif. Alors, avis à celles et ceux qui ont justement l’esprit plus scientifique et ont compris comme ça marche. N’hésitez pas à m’éclairer de votre science.

Pour ajouter à la simplicité, différentes dépressions tropicales peuvent porter le même nom à plusieurs années d’écart – on peut alors parfois ajouter un numéro.

Pour les catastrophes particulièrement dévastatrices et meurtrières, leur nom est retiré de la liste. La liste E de la grille du Pacifique Sud correspond ainsi aux prénoms auxiliaires, qui viendraient remplacer un nom qui ne serait plus donné.

En Nouvelle-Calédonie, tout le monde se souvient avec émotion d’Erica, qui avait durement frappé le territoire en mars 2003, causant la mort de deux personnes et provoquant plus de 3 milliards de francs CFP de dégâts déclarés. Erica est un exemple de dépression tropicale, dont le nom ne sera pas ré-utilisé en raison du fort impact psychologique et traumatisant qu’il a pu avoir sur la population.

Je pense bien aux Vanuatais qui sont en ce moment dans l’oeil de Pam…

Pour ne pas finir sur une note trop triste, je mentionnerai que dans la colonne des noms auxiliaires du secteur de Fidji, à la lettre Z, on trouve « Zidane ».

Le Logdu

ps : cet article est une adaptation d’un article que j’avais publié il y a un an sur le site de NC1ère. A cette époque, je pensais avoir compris le système d’appellation des cyclones. Un an plus tard, je me rends compte que non… Mais je ne lâcherai rien !

ps 2 : depuis la publication de l’article, le cyclone Pam s’est éloigné du Vanuatu, après avoir fait de sérieux ravages dans le pays, notamment dans la partie Nord-Est de l’archipel. On parle de plusieurs dizaines de morts.

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