Mercredi, une pensée pour Charlie

« C’est reparti ». 2,5 millions du nouveau Charlie Hebdo ont été imprimés et devraient être en circulation à partir de mercredi.

Je ne sais pas combien d’exemplaires vont être distribués en Nouvelle-Calédonie, et je n’ai pas forcément envie de remettre le nez dans ce genre de chiffres. Tout ce que j’ai lu, c’est qu’avant l’attentat du 7 janvier, il y avait vingt abonnés sur le Caillou.

Ajoutons quelques numéros achetés en kiosque ici ou là. Au final, ça ne pesait pas lourd en terme de visibilité. Bon nombre de personnes ont sans doute découvert l’existence de Charlie Hebdo après l’attentat. Il est possible que cela ait d’ailleurs été le cas en métropole aussi…

Il existe un journal satirique calédonien, un mensuel appelé « Le Chien Bleu ». A mon arrivée, je n’y comprenais rien et j’ai mis quelque temps avant de réussir à m’y plonger. En tant que mensuel calédonien s’adressant aux habitants de ce territoire, l’intérêt pour quelqu’un n’ayant jamais vécu sur le Caillou est en effet plus que limité.

En Nouvelle-Calédonie, beaucoup de Zoreilles* continuent évidemment de suivre l’actualité de la métropole (à se demander pour certains s’ils ont compris qu’ils n’y vivaient plus..). D’autres  – Calédoniens ou non -, trouvant l’actualité de la Nouvelle-Calédonie, au choix, exiguë ou déprimante, aiment « s’évader » en suivant les faits et gestes – pas forcément plus glorieux – de la grande sœur métropolitaine. Curieusement, on note en général peu d’intérêt pour les pays « voisins », c’est à dire les autres pays du Pacifique. Comme si la Nouvelle-Calédonie était vraiment plus proche de la métropole que de l’Australie par exemple. La géographie de l’information a ses subtilités…

Pourquoi Charlie Hebdo fonctionnerait-il mieux en Nouvelle-Calédonie que le Chien Bleu en métropole ? Bon, dans Charlie Hebdo, il n’est pas question uniquement de la France, mais aussi d’autres pays ou de questions internationales. Cela donne peut-être un côté plus abordable, plus « international ». Et même s’ils ne sont pas forcément au fait même de l’actualité, les Calédoniens sont en général plus informés de ce qui se passe en France que l’inverse. C’est vrai qu’en métropole, on se regarde beaucoup le nombril (en Nouvelle-Calédonie aussi, soit dit au passage, mais c’est une autre histoire).

J’avoue qu’il y a encore trois ans, j’aurais été incapable de placer la Nouvelle-Calédonie sur une carte du monde. Alors, quand j’ai vu une pancarte « Nouméa est Charlie », j’ai souri. J’imaginais juste une scène où les victimes de Charlie auraient regardé les différents hommages depuis leur petit nuage en se demandant : « C’est où, ça ? ». Cette petite touche d’humour involontaire compensait la vile récupération opérée par certains individus.

Comme partout ailleurs, le nombre de prétendus fans, soutiens et lecteurs calédoniens a flambé d’un coup, au lendemain de l’attentat. 4.000 personnes à la marche de Nouméa le 11 janvier. Vingt abonnements avant le 7 janvier. Inutile d’être féru de mathématiques pour s’étonner de la proportion.

Je ne vais pas ressortir le discours demandant où était tout ce monde avant. D’autres l’ont fait bien avant. Bien sûr que les gens ont le droit et doivent s’indigner devant l’horreur de cet attentat, sans avoir à justifier d’une quelconque fidélité au magazine. Tout le monde n’est pas obligé de lire, ni d’acheter les journaux et les magazines, y compris Charlie Hebdo, évidemment.

La flambée est ici retombée depuis, comme partout ailleurs. Normal, la vie continue.

Aujourd’hui mercredi, je pense à l’équipe de Charlie Hebdo, qui continue son travail, dans des conditions qui frôlent une certaine folie : une rédaction décimée, des survivants traumatisés, des locaux « blindés »… Comment on fait pour continuer un journal satirique après une telle tragédie ?

Je n’ai pas encore lu le dernier numéro qui vient de sortir. Je ne sais pas si je vais rire. Il y a un parfum de tristesse qui plane toujours. En tout cas, même s’il ne me plaira pas forcément cette fois, même si le journal va sans doute devoir se recréer, je suis contente de savoir qu’il existe encore. Comme je suis contente que les autres journaux satiriques existent aussi, même ceux que je n’aime pas, ne lis pas ou ne connais pas. J’ai bien découvert Le Chien Bleu ici. A lui aussi, je dis merci.

Coeurdiablement,

Le Logdu

* terme originaire de la Réunion, très populaire en Nouvelle-Calédonie, qui désigne les Métropolitains 🙂

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