Victimes de la mode

Il y a quelques temps, alors que je me perdais une fois de plus dans les méandres chronophages de Facebook, je tombais sur le post d’une amie demandant conseil : « 2015 : blog ou pas blog ? ».

Instinctivement, je sentis que si elle écrivait cette petite question, c’est que,  quelque part en elle, bouillonnait une intention créatrice, une volonté de transposer des idées et des émotions par écrit.

Je commentai immédiatement avec un « oui », suivi d’un point d’exclamation. Je notai en même temps que de nombreuses personnes parmi ses contacts lui avaient déconseillé de se lancer. « Blog is so much 2008 » est une petite phrase qui avait d’ailleurs reçu de très nombreux pouces levés.

Aujourd’hui, tenir un blog serait antédiluvien, suranné, obsolète.

Il est vrai qu’après l’euphorie incontestable des années 2000, l’enthousiasme s’est un peu tari. Les hyper-motivés du début, les acharnés de l’écran et les mordus du clavier ont freiné leurs ardeurs. Celles et ceux qui voyaient dans ce relais un moyen d’arriver à des fins plus mercantiles ont déchanté – enfin, une partie d’entre eux a toutefois réussi à se faire connaître et arrivent à présent à monnayer ses écrits.

D’autres à la recherche d’une reconnaissance, professionnelle ou personnelle, d’une petite gloire virtuelle, se sont essoufflés. Les hésitants ont continué à hésité et les paresseux à paresser. Aujourd’hui on dirait « procrastiner », mais en tant que ringarde chronique, j’ai encore du mal à utiliser ce mot.

Comme par magie, le temps est de plus venu à manquer de façon exponentielle. Aujourd’hui, lire un article de plus de trois ou quatre paragraphes relève quasiment de l’exploit littéraire. Plus c’est concis, mieux c’est. Beaucoup d’internautes ont migré vers les réseaux sociaux, Twitter en tête, pour les férus de l’info, enfin de certaines infos. Loin de moi l’idée de lancer la pierre à Twitter, sur lequel j’aime bien passer un peu de temps moi aussi. Mais quand on écrit, difficile de lutter contre 140 signes bien pondus et tranchant dans le vif.

Il est des contrées moins clémentes où tenir un blog est un acte militant, et parfois la seule petite soupape disponible pour écrire ce qui tient vraiment à cœur… avant que la censure ne s’abatte à postériori sur lesdits écrits et avec elle, la sanction pour les auteurs. On pensera au blogueur saoudien Raef Badaoui, condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet, et à toutes celles et ceux pour qui écrire est une lutte autant qu’un risque quotidien.

Dans d’autres pays, la seule limite imposée ne se résume souvent qu’à sa propre autocensure. Tenir un blog ne revêt ici pas de caractère militant particulier. Mais au fond, pour beaucoup, l’action est portée par une même motivation : trouver un espace –virtuel – ou l’on puisse exprimer sa créativité de la manière la plus libre qui soit. Et quel autre outil incarnerait mieux cette idée qu’un blog ?

Bien entendu, nous ne nageons au milieu des Candy et des Pollux, et il y a de tout dans la blogosphère : des joyaux côtoient l’insensé ou l’abject. Internet ne représentant qu’un miroir démesuré de nos sociétés, comment pourrait-il en être autrement ? Les vilains, les racistes, les haineux, et tous les –phobes possibles sont sur les blogs, comme ils sont dans les rues. Je n’écris pas ça pour leur donner raison, juste pour rappeler que ce n’est une surprise pour personne.

Loin des 140 signes, donc, tout ça pour dire que tenir un blog, has-been ou pas, c’est au final bien égal. Tant qu’il y aura à notre portée des outils qui nous permettent de créer des espaces d’échange et, dans la mesure du possible, de liberté, tant mieux !

C’est dans cette optique que j’ai répondu à mon amie pour l’encourager à se mettre à écrire. Et c’est dans cette même optique que je me (re)lance dans l’aventure, après avoir officié dans d’autres lieux, à d’autres moments. Au final, le projet de mon amie pour 2015 sera… un mariage. Exit le blog pour le moment, mais vive l’amour aussi !

Arrivée en Nouvelle-Calédonie il y a quelques temps, le crayon et le clavier commençaient à nouveau sérieusement à me faire du gringue. Après une période de réflexion, je reprends du service, heureuse de retrouver un petit coin de fantaisie, de découvertes, d’élucubrations et de sujets en tous genres et tous styles.

Tout d’abord, de manière purement égoïste, parce qu’à défaut de plume, cela fait sacrément du bien de retrouver la souris. Ensuite parce qu’à l’autre bout du globe, certaines personnes – si elles ne m’ont pas oubliée – se demandent peut-être ce que je peux diantrement faire ici. Et au final, parce que tenter de comprendre un peu mieux l’environnement qui est à présent mon quotidien me tente bougrement. En conclusion, les mots de Lauren Bacall : « I am not a has-been. I am a will-be ».

« Coeurdiablement »,

Le Logdu

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